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by 1B
Rated: E · Short Story · Ghost · #2249513
Les endeuillés honorent leurs défunts. Certains honorent ceux qui n'ont pu l'être
"-Hey mon Sir, ça t’intéresserai un peu de bonne compagnie ?

-Ou alors de la mauvaise compagnie ?" fit une autre, d’un ton plus qu’explicite.

Ces deux femmes, je pense, ont l’air charmantes, si l’on n’en juge à leur maquillage défait. « Mon Sir » je jette un œil à mes oripeaux, oui, ce sont bien des habits de nobles au final, les miens par-dessus le marché. Mais ils sont si délavés et abimés… et trempés, que j’aurais eu du mal à le déduire ainsi qu’elles l’ont fait.
Elles ont sûrement tout à gagner à inviter un noble pour quelques coquineries, qui pourraient être dûment (je n’en doute pas,) et grassement récompensées. Mais malheureusement pas avec moi.

Non, elles ne m’intéressent pas. Pas plus qu’une autre femme…
Oh, non, ce n’est pas de cela que je parle. Non. A vrai dire, mon amour ne va pas aux vivants, mais aux défunts….
...
Ah non ! Pas comme ça ! Quel outrage ! Quelle horreur !

Je passe mon chemin, aussi bien dans mes élucubrations que dans la rue, sous les yeux fatigués des passants et dames de passe. Deux inconnus m’emboîtent le pas, à l’odeur chargée d’autant d’alcool que de sang.

Les parchemins aussi sont trempés, ils ne me seront d’aucune utilité. Tant pis, j’attrape un brasero publique. On fera avec.

J’ai accepté leur argent. « Prends ce qu’on te donne… et prends le reste. » L’adage de la famille. C’est ainsi que nous avons toujours prospéré, et ainsi que l'on m’éleva. Mais la prospérité m’a quitté… en même temps que…
Quoi qu’il en fût, j’y serais aussi allé sans cet argent, même sans leurs supplications. Où ça ? Au fond de cette impasse, là où la mort m’attend. Oh non, pas ces deux soudards qui commencent à s’enfuir ventre à terre tandis que le brouillard glacé se fait plus opaque, plus solide.

Les dentelles de vapeur se font plus nettes alors que je sors un pique de mon sac. Et je le plante. Entre deux pavés, que je descelle. Mes mains écorchées creusent la terre dure dessous et y déposent le brasero. J'offre ma main à la forme plus ou moins humanoïde qui se tient devant moi. Elle avait dû être jolie. Elle avait dû souhaiter être une princesse. C’est donc une danse que je lui offrirai.

D'une révérence invitante, je frissonne au contact de sa main qui commence à drainer mes forces. J'aurais le temps. Son corps flou, tant visuellement qu'au touché, suit mes mouvements gracieux dans le silence de la ruelle, avec pour seul public quelques corbeaux et rats de passage. Mon précepteur de danse se serait retourné dans sa tombe, s'il avait pu.

Heureusement pour moi, les valeurs et exigences de chacun varient.

La colère de l'esprit devient contentement, son ennuis exaltation, tandis que nous tournoyons au rythme d'instruments imaginaires. De mon épaule, je sens le froid de sa main passer dans mon cou puis mes cheveux.


D'une révérence finale, je conclus la chorégraphie, et perçois un frisson au creux de ma main, avant que la brume de fraîcheur ne m'enveloppe, mes vêtements ne me protégeant aucunement du toucher de l'ectoplasme.
Ces quelques secondes de passion spontanée passée, je sens la présence surnaturelle s'éloigner, mes genoux cèdent, tant de fatigue que de surprise. Cet endroit ne sera plus hanté avant un moment. Le froid sur mes lèvres lui, me hantera encore toute la nuit.
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